Vos avis sont passionnants, que d'idées et que de convictions. C'est beau, ça ressemble à une discussion exaltée à laquelle on voudrait absolument participer. Il fallait ça pour me détourner 2 minutes des froides fonctions professionnelles de ce clavier gris.
Merci Selam, Fred et Pierre pour ces points de vue. Je regrette seulement de n'avoir participé à la controverse cubaine (à Noël probablement). J'aurai en conséquence du mal à me prononcer précisément dans la foulée de ce qui a été dit et comme pour toute conversation dont j'ai raté le début et à laquelle mon enthousiasme m'invite à me mêler, mon intervention va probablement tomber à côté du sujet et de la polémique. Tant pis je n'y résiste pas, et puis finalement je crois être le seul à être allé à Cuba.
Donc plutôt qu'un éclairage politique j'apporterai un témoignage de l'ordre du vécu. Avoir vécu, s'il ne reste qu'une chose à la fin ... Dans vécu il y a cul mais je m'étendrais une autre fois sur cette facette de l'aventure.
Avant les invasions touristiques et canadiennes, italiennes, françaises, etc ... qui prépare doucement le pays à sur probable avenir, consumériste et libre... en 1994 donc je suis parti à Cuba dans une petite ville du centre de l'île, Holguin. Un vague hôtel touristique, peu de touristes, une vague discothèque, beaucoup de locaux, une ballade en ville, une file d'attente de trois heures, un délicieux cigare, un improbable voyage en bus de quatre heures pour trente kilomètre, des cantines municipales, Guardalavaca sa plage, sa discothèque et ses bungallows pour apparatchikos...
A mon sens, au delà de la succession aventureuse des faits et des découvertes, un voyage ne vaut d'être fait que lorsque on y rencontre l'âme des peuples, ce sentiment diffus et ambigu, cette empathie qui nous donne l'impression d'être, quelques instants parfois, né là bas.
L'âme du peuple cubain ça ressemble à une grande légéreté, comme si le socialisme - contribuant au besoin de tous (c'est à dire donnant une part égale de pas grand chose à tout le monde) et fournissant une solution aux problématiques politiques (c'est à dire proposant l'alpha et l'omega d'un vision politique peu contestable, à telle point qu'elle est unique sur toute l'île...) - comme si le socialisme donc avait libéré l'homme de ses tracas modernes. Ne reste que la danse, le chant, l'art, l'amour et le temps qui passe.
Une grande légèreté, une générosité que montre chaque sourire et une culture qui illumine chaque conversation. Un bonheur apparent qui survit au dénuement relatif et à la rigidité politique.
Puis je suis allé aux Etats-Unis, pas à New York, ville monde, Babylone de mes années sur terre, mais en Floride (Kaboul lake) et à Saint Louis (Kaboul Moutain) puis d’autre fois à Chicago, à Milwaukee. Ce pays est le négatif de Cuba : liberté politique totale, libéralisme à tout les étages, profusion des biens. Et cette absence de légèreté, de joie et de culture.
Alors que choisir ? C'est étonnant, la liberté laisse l'homme se perdre dans des préoccupations matérialistes. Le paradoxe d'un objectif. La contrainte le replace au centre de son humanité. La force de vie d'un chant tzigane.
Où est alors le bon modèle et comment être libre sans se perdre dans la consommation, le confort et la sécurité ?
Alors Cuba ou les Etats Unis ? Aucun des deux mes frères, Couffoulens ou Montolieu, un peu de vin et nos rires qui se mêlent.
R.